11 : MYTHE FINAL 


Ces pages sont consacrées aux discours autogènes, rumeurs, idéologies, ensembles d'informations que l'on tend à répéter le plus possible, à prendre en compte le plus possible, poussé(e) à cela non par la valeur de ce discours, mais par une illusion qui se transmet en même temps que lui.  Retour au menu
 


Pour expliquer ce que j'entends par "mythe final", voici un exemple élémentaire. Quand nous avons froid, nous aspirons à la chaleur, et quand nous avons chaud à la fraîcheur, et cela est parfaitement naturel. L'excès de chaleur peut nous tuer aussi bien que l'excès de froid. Ce n'est évidemment pas une idée ou un discours autogène. La vérification tombe sous le sens.

Supposons maintenant que, dans un pays où il fait très chaud, quelqu'un proclame : "La chaleur, c'est le mal, la fraîcheur, c'est le bien ! Ecoutez-moi et bientôt vous ne connaîtrez plus que la fraîcheur !" On pourrait bien entendu inverser l'exemple en partant d'un pays froid et de l'aspiration à la chaleur. Cela ne relève pas encore du discours autogène. On peut aussi bien, à la suite de cette annonce, préconiser la climatisation, ou l'émigration vers un autre climat. Mais si, à ce premier discours, il s'ajoute un complément sous la forme : "Plus nous serons nombreux à le croire, et plus nous approcherons du jour béni où nous ne connaîtrons plus que la fraîcheur !" là nous y sommes.

A condition bien sûr que cela marche (à quoi bon parler d'un discours autogène qui ne marche pas ?) et que non seulement le premier transmetteur soit crédible, mais que les suivants le soient encore, et ainsi de suite. Le discours n'est vraiment autogène que s'il est indépendant de son véhicule du moment.

On peut penser que c'est impossible, que cela ne peut toucher au mieux, ou au pire, que quelques simples d'esprit. Effectivement, nous ne trouvons pas d'exemple où cela ait marché, durablement et à grande échelle, à l'état pur. Mais si on complète cet élément par d'autres, tout change. Il suffit d'observer une des plus importantes religions.

On sait que l'Islam est né dans le Hedjaz, une région d'Arabie particulièrement chaude et aride. Son enfer, brandi à longueur de sourates du Coran, est brûlant, et son paradis rafraîchissant. Et son aire d'extension actuelle correspond largement aux régions chaudes et arides de l'Ancien Monde . Mais bien sûr, il n'est pas question de le réduire à cet aspect. Il a aussi ses valeurs, qui ne sont pas notre sujet.

En fait, la chaleur ou la fraîcheur sont de médiocres supports pour un discours autogène, dans la mesure où on peut les rechercher individuellement aussi bien que collectivement. Pour qu'un couple de contraires devienne un support vraiment efficace, trois conditions doivent être remplies.

Premièrement, et cette condition est parfaitement vérifiée par la chaleur et la fraîcheur, aucun des deux ne doit être objectivement bon, l'autre étant objectivement mauvais. Qui oserait prétendre que la vie a besoin d'un équilibre entre la santé et la maladie ?

Deuxièmement, il doit être possible, ou plus exactement apparaître possible, d'infléchir massivement et rapidement, par des décisions simples, la tendance dans un sens ou dans l'autre, que ce soit par une décision du sommet du pouvoir, de la "base" ou d'instances intermédiaires.

Troisièmement, il faut que l'un au moins des deux opposés ait besoin, objectivement, d'un consensus le plus grand possible, donc d'une diffusion la plus large possible du discours autogène, pour s'imposer. Alors, l'élément opposé deviendra tout autant support de discours autogène, par réaction.

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